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« Certains centres soutiennent lédition sous toutes ses formes dans le cadre des services quils offrent aux artistes et aux commissaires, et à titre de contribution à léconomie du savoir. »
Gina Badger, notes prises durant la Rencontre TXT, le Réseau canadien de lédition dart, 7-8 novembre 2014, Artexte, Montréal.


« Au Canada, ils ont été si rares, les auteurs capables de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leur famille par lécriture, quils sont devenus lobjet de rumeurs, des personnages de légende. »
Frank Davey, Les sources de revenus des écrivains.
« Le médium artistique, CEST la publication. »

[...]

«
 Un investissement profond dans lécriture appliquée aux arts visuels considérer le livre comme un médium en soi et reconnaître sa popularité accrue, tant à lintérieur quà lextérieur du milieu de lart. »
Eryn Foster, notes prises durant le Forum sur lédition en art, dans le cadre de lévénement À lest de là, 23 juin 2013, Saint John, Nouveau-Brunswick.
Rubrique 03


Conditions matérielles
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CETTE RUBRIQUE sintéresse à la précarité économique qui caractérise les pratiques de lécriture et de lédition dans la culture de lautogestion en art et au-delà. Au Québec et au Canada, les auteurs dœuvres documentaires et de fiction doivent apprendre à composer avec les normes et pratiques des divers secteurs de lédition, tout en sassurant de compléter cette pratique par des revenus dappoint. Dans Les sources de revenus des écrivains, reproduit ici, Frank Davey propose un survol des défis systémiques qui font obstacle à la carrière décrivain ou déditeur et des stratégies dadaptation nécessaires. Dans ce domaine, pour qui veut durer, il est crucial davoir accès à une diffusion nationale et internationale. Universitaire, poète et éditeur indépendant, Davey a vu sa carrière se développer à la fin du vingtième siècle, période pendant laquelle la culture de lautogestion en art voyait le jour.

Dans son essai, Davey inscrit les défis en édition dart dans le sillage de pratiques ancrées dans le temps et marquées par les inégalités systémiques qui sont le propre du commerce, tant nationalement quinternationalement. Ces défis sont habituellement justifiés par lincidence du numérique sur les secteurs dédition classiques, suggérant quune adaptation à lère numérique serait, en toute logique, la solution miracle. Lauteur démontre que cette rhétorique, teintée par une sorte de déterminisme technologique, détourne lattention de la mission du financement public en art qui, dans une société démocratique, devrait se porter garant de la liberté dexpression. La corrélation entre financement public et liberté dexpression sera approfondie dans les rubriques 4 et 5.

Plusieurs des tendances statistiques dont traite Davey font écho aux données recueillies dans le sondage Waging Culture: A Report on the Socio-Economic Status of Canadian Visual Artists (2012). En substance, ces statistiques démontrent que la santé financière en édition dart dépend dun équilibre complexe entre la concurrence entourant lobtention de fonds publics, la vente et les redevances de reproduction et de diffusion, soit, la rétribution obtenue par lartiste ou lauteur en échange de lutilisation de matériel protégé par le droit de propriété intellectuelle.
  • Une corrélation positive existe entre lobtention dune subvention et la rétribution de lartiste. Le rapport entre subventions et ventes est moins direct. Les subventions naugmentent pas forcément le niveau de vie de lartiste; celles-ci lui permettent surtout davoir accès au temps et à lespace nécessaires à sa pratique. Les petites subventions (jusquà 5 000 $) donnent à lartiste du temps; les subventions plus importantes donnent à lartiste du temps et des ressources.
  • Au Canada, le revenu annuel moyen dun artiste est de 21 603 $. Dans la population générale, le revenu moyen est de 31 320 $.
  • 54 % des artistes visuels génèrent des revenus à partir de leur pratique artistique. En moyenne, par contre, le travail en atelier rapporte à lartiste 360 $.
  • Les revenus issus dune pratique artistique se composent en moyenne à 41 % des ventes, à 43 % de subventions et à 16 % de cachets.
  • En 2012, lartiste a consacré en moyenne 24 heures par semaine au travail en atelier, 17 heures à un travail lié à lart et 8 heures à un travail non lié à lart.
  • Dans lédition du même sondage publiée en 2007, 65 % des artistes avaient déclaré que le soutien financier dun conjoint ou dune conjointe était nécessaire pour couvrir les frais de subsistance élémentaires.
Davey reconnaît que la plupart des écrivains, même ceux dont les ouvrages sont publiés à vaste échelle et traduits en plusieurs langues, doivent compléter leurs revenus soit avec laide dun conjoint ou dun mécène, soit par du travail connexe (journalisme à la pige, rédaction, fonctions universitaires) ou non connexe. Au vingtième siècle, des sociétés subventionnaires et des organismes autonomes, comme Radio-Canada et lOffice national du film, ont vu le jour, jouant le rôle essentiel demployeur auprès des écrivains (et des artistes) devant mener une carrière parallèle.

Davey souligne limportance de lappareil législatif entourant le droit dauteur dans la vie économique de lécrivain, car celle-ci garantit les redevances (ou le cachet) qui constituent la compensation financière du travail décrivain à mesure que celui-ci est diffusé. Davey précise notamment que les lois régissant le droit dauteur ont été grandement influencées à la fin du vingtième siècle par les revendications des regroupements décrivains et des associations professionnelles. Cette tendance se reflète au sein des arts visuels dans les revendications et les échelles de rémunération élaborées par des groupes tels que le CARFAC (Canadian Artists Representation/Front des artistes canadiens) et son pendant québécois, le RAAV (Regroupement des artistes en arts visuels du Québec).

Davey rappelle quau Canada, le rôle des concours et des prix na jamais été dassurer un revenu de base pour les écrivains, mais plutôt de donner de la visibilité aux commanditaires. Par ailleurs, il avance que les subventions individuelles accordées aux auteurs sont avant tout conçues pour permettre à lartiste de sextraire momentanément du marché du travail.

Nombre dartistes explorent lécriture dans le cadre de leur pratique créative. Cela dit, quand un artiste se sert de lécriture comme revenu dappoint complémentaire à sa pratique artistique, il se tourne généralement vers lessai ou lessai créatif (catalogues dexposition, critiques et comptes rendus, notamment). Cest pourquoi les subventionnaires tendent à associer les artistes à la rédaction critique plutôt quà la littérature, à la prose ou à la poésie. Cette distinction peut être frustrante pour les artistes et les éditeurs en art, qui souhaiteraient obtenir du financement pour leur exploration créative des qualités discursives du genre non fictif comme médium artistique en soi. Ou, pour emprunter un terme à la poétique, du livre comme unité de composition.
 
Pour certains artistes et écrivains
, ce croisement entre arts visuels et littérature nest pas seulement une source de revenus dappoint. Il est à lorigine dune nouvelle pratique décriture dart, que la poète Lisa Robertson décrit comme une tradition décriture parallèle :
 
« Il y a une tradition décriture sur lart qui ma accordé lespace nécessaire pour développer ma pratique on parlait à lépoque dune tradition décriture parallèle. On créait un texte en parallèle à une pratique artistique, en discutant avec lartiste et en lui empruntant des éléments et des stratégies de son travail dexploration, et lon créait un dispositif textuel qui pouvait exister parallèlement à linstallation ou à la vidéo ou au tableau peu importe la forme de lœuvre. Au Canada, cette tradition existe au moins depuis les années 1980. Plus récemment, ailleurs dans le monde, lécriture dart sest développée comme genre, et semble se rapprocher de la tradition du texte parallèle, telle quelle existe déjà au Canada. Ainsi, lécriture dart que je pratique est maintenant reconnue à plus vaste échelle. »
Lectures complémentaires
 
  • Davey, Frank. « Les sources de revenus des écrivains », Histoire du livre et de limprimé au Canada, Vol. III, p. 108-119, dirigé par Carole Gerson & Jacques Michon, publié aux Presses de lUniversité de Montréal. (Cet essai a été reproduit aux termes dune licence accordée par Copibec)
  • Waging Culture: A Report on the Socio-Economic Status of Canadian Visual Artists, Art Gallery of York University, 2012.
  • « Lisa Robertson on Close Listening », entretien avec Charles Bernstein sur Jacket2, PennSound.
  • Ninacs, Anne-Marie. « Écrire sur une œuvre ou faire œuvre décriture? Quelques réflexions sur la place des auteurs au sein des centres dartistes », Tiré à part : situer les pratiques dédition des centres dartistes, Actes de la rencontre, éd. RCAAQ, 2005.
Prochaine rubrique le 26 avril 2017.

La rubrique 4a, « Économies morale et législative de l’édition en art » aborde les raisons dêtre du mouvement grandissant en faveur de la reconnaissance explicite de lédition en art comme bien public, objet dart dématérialisé, façon de renforcer les communautés et de partager les savoirs, ou simplement comme « cadeau » au lecteur. Tayler avance dans cette rubrique que lédition en art constitue en partie une réponse à un environnement législatif dans lequel lactivité créatrice est définie comme une ressource dordre économique, cest-à-dire comme propriété intellectuelle, un concept qui met en opposition détenteur dun droit dauteur et utilisateur de ce même droit. Au sein de la culture de lautogestion artistique, il semble que les cadres législatifs actuels entourant la propriété intellectuelle et les politiques de financement public soient perçus de plus en plus comme des restrictions à léchange culturel sans pour autant permettre aux artistes de gagner leur vie.
Le Petit Gris : guide de lédition en art et de la distribution autogérée a été réalisé par la Conférence des collectifs et des centres dartistes autogérés (ARCA) en partenariat avec le Regroupement des centres dartistes autogérés du Québec (RCAAQ), et réunit une série de sept rubriques rédigées par Felicity Tayler, artiste, bibliothécaire, et critique dart. Chaque rubrique sera d'abord diffusée dans le cadre dune campagne électronique bi-mensuelle, du 1er mars au 21 juin 2017. Les rubriques et les documents de référence seront par la suite disponibles pour consultation sur le site Internet de lARCA sous le menu « Le Petit Gris ». Une version imprimée et une version numérique seront disponibles dès septembre 2017.

Puisant dans le matériel produit lors de réunions dun Comité ad hoc déditeurs québécois et canadiens indépendants, ce guide cherche à provoquer des débats de haut niveau sur le rôle de lédition en art au sein de la culture de lautogestion. Mariant la théorie à la pratique, le Petit Gris propose des conseils pratiques pour sorienter dans ce domaine complexe afin quune nouvelle génération dartistes et de travailleurs culturels puisse, en toute connaissance de cause, choisir soit se professionnaliser, soit demeurer résolument « DIY ». Dans tous les cas, quelque part sur le continuum qui va de ladoption de stratégies entrepreneuriales à la défense dun financement public durable, ce guide vise à jeter une lumière sur les avantages et les inconvénients dun éventail dapproches possibles.
LARCA remercie lensemble des participants aux rencontres de comité, léquipe dArtexte, Michael Maranda, Olivier Charbonneau, et François Dion pour leur précieuse collaboration et rétroaction, de même que les membres de lARCA pour leur confiance et leur soutien continu. LARCA reconnaît la contribution du personnel du Service de promotion des publications du RCAAQ ainsi que lappui financier du ministère du Patrimoine canadien pour la traduction.
 

   

 
Direction et introduction
Anne Bertrand

Recherche et rédaction

Felicity Tayler

Stratégie et design graphique
Annie Lafleur

Taxonomie

(conception de l'interface visuelle)
Corina MacDonald

Lexique

Corinn Gerber

Traduction

Simon Brown
Isabelle Lamarre

Révision linguistique
Magalie Bouthillier
Ed Janzen
 
        

© Artist-Run Centres and Collectives Conference / Conférence des collectifs et des centres dartistes autogérés, 2017


Contact
:
Anne Bertrand
Director
/ Directrice
C
.P. 125, Succ. C
Montréal
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