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Ce n’est pas simple de rester hissé sur la vague du courage,
quand on suit au loin quelque oiseau volant au déclin du jour.

René Char

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lettre aléatoire
17 mai 2021


#7 Ouvertures
COUP DE FOUDRE

MARINETTE CUECO, TISSER LE SILENCE

Entrelacs, 2019. Jonc capité et bris d’ardoises. © David Cueco
Pour sa réouverture, l’église de Salagon, église romane transformée en espace d’exposition temporaire, accueille en ses épais murs de pierre les œuvres délicates de la plasticienne Marinette Cueco, née en 1934. Herbiers, entrelacs, jardins de pierres captives, tressages de végétaux mélangés à de la terre et de la tourbe : l’exposition Jardin silencieux présente un choix d’œuvres variées de « l’artiste botaniste », un riche aperçu de ses différentes périodes de création et de la diversité des techniques et matériaux employés au cours de sa carrière qui débuta dans les années 1960.

Attentive aux plus petits détails, Marinette Cueco retranscrit en des compositions minutieuses de graines, pétales, feuilles, tiges et pierres ses longues promenades dans la nature. Des agencements qui témoignent d’une véritable démarche de vie dans laquelle l’observation patiente et les impressions de l’artiste viennent enrichir un rapport intime aux plantes né dans l’enfance : « Ce que je fais résulte plutôt d'une manière d’être que d’un apprentissage. Ma relation à la nature vient de mon enfance à la campagne et de mon intimité avec les minéraux et les végétaux. Ma mère avait un don pour les jardins, mon père connaissait les forêts en expert et chez moi on nommait les plantes par leur nom, leur vrai nom. »

Dépassant le regard purement scientifique, l’artiste fait jaillir à force de patience et de travail des propositions esthétiques d’une rare finesse. Saturées de tendresse, les compositions de Marinette Cueco sont les traces des gestes simples, répétitifs et méditatifs de ses infinies séances de tissage et de tressage. Promenade, récolte et collection de feuilles rassemblées en herbiers imaginaires, réalisation d’assemblages de pierres et de tiges font ressortir la puissance et la beauté de chaque élément, du plus solide au plus fragile. Tableaux géométriques tissés avec des fibres de joncs, tapis tressés matérialisent le souvenir d’un dialogue silencieux, en tête à tête avec la nature.

La très belle série des Entrelacs (2019), dans laquelle des bris d’ardoises sont enserrés dans des toiles de jonc accrochées au mur, procure une sensation paradoxale :  si elle frappe d’abord par la dualité qu’elle exprime entre la fragilité du végétal et la dureté de la pierre, il apparaît ensuite que c’est le réseau de fils de joncs qui confère à l’ensemble sa solidité, accordant à l’ardoise un moment de légèreté suspendue.

La vidéo de la Fondation Villa Datris diffusée dans l’église témoigne de la concentration extrême de l’artiste au travail, du soin qu’elle apporte à ses matériaux fragiles, de la surnaturelle dextérité de ses mains nues qui semblent ne jamais s’arrêter de tisser.

Une exposition qui entre en résonance avec la beauté du monument du XIIe siècle, les vitraux d’Aurélie Nemours mais aussi les jardins ethnobotaniques de Salagon, où se retrouvent certaines plantes des herbiers de Marinette Cueco.

Jusqu’au 30 septembre 2021 Salagon, Musée et jardins www.musee-de-salagon.com

BRÈVE RENCONTRE

« LA QUÊTE DE CE QUE J’AI ENVIE D’ÊTRE PASSE PAR LA QUÊTE DE CE QUE J’AI ÉTÉ », MASSINISSA

© 2021 Arkane Art

Artiste multiple, Mennad Massinissa est né de parents algériens en 1993, a grandi en Provence et vit maintenant à Montpellier. Pratiquant l’écriture et la musique depuis son plus jeune âge, il enregistre son premier EP solo en 2018 et réalise ses propres clips. En résidence à l’Hôtel d’Astier, il y développe une performance musicale, poétique et dansée, inspirée par la culture berbère.

COMMENT A DÉMARRÉ LE PROJET 360 ?
Je suis entièrement autodidacte, je pratique plusieurs instruments – guitare, clavier, clarinette et voix – j’écris les textes, je compose la musique et je l’enregistre moi-même. Jusqu’à la crise du Covid-19, je travaillais comme médiateur pour des salles et je passais mon temps à voir des spectacles de toutes sortes, qui ont forgé mon regard. Le projet 360 est un spectacle pour trois interprètes, avec deux danseuses contemporaines, Fanny Momier et Zoé Vindimian. Je veux créer un format simple, léger, plutôt conçu pour une scène de théâtre, mais qui peut se jouer partout. L’esprit de 360 est de mêler le jeu d’acteur, le mythe, le conte, la musique et la danse. Il s’agira d’un spectacle hybride, d’une performance mosaïque, qui rassemblera beaucoup d’influences. Un voyage à travers la culture berbère, le monde occidental et ma propre trajectoire intérieure. Le fil rouge sera un texte chanté, en français.

QUELS SONT LES IMAGINAIRES QUI VOUS NOURRISSENT ?
Mon nom de scène, Massinissa, est le nom que j’aurais dû porter si mes parents n’avaient pas finalement choisi Mennad, plus simple. C’est le nom d'un roi numide berbère de l’Antiquité. Il a unifié un empire qui s’étendait du Maroc à la Libye. Mes deux parents sont kabyles mais je n’ai jamais appris leur langue. Je suis né en France et mon rapport à ma culture d’origine est reconstruit par mes lectures, mes souvenirs et mon imagination. Pour ce spectacle, j’ai demandé à ma mère d’écrire un texte en kabyle et de me l’apprendre. Elle a écrit ce refrain : « Mère, explique-moi la langue de mes aïeux, je la chanterai ». Je suis à un moment où je cherche à construire mon parcours personnel, après avoir participé à de nombreux projets collectifs. C’est vers l’histoire de mes ancêtres que je me tourne, dans l’exploration d’une culture d’origine que je me réapproprie librement. Je suis en train d’écrire l’histoire d’un prince déçu et révolté. Mais le spectacle sera aussi nourri de textes littéraires issus de divers horizons : L’Exode de Benjamin Fondane, Enivrez-vous de Charles Baudelaire, ou encore Nadja d’André Breton font partie de ceux que j’ai envie de réciter sur scène.

QUELLE ESTHÉTIQUE EST-ELLE EN TRAIN D’ÉMERGER DE VOS RECHERCHES ?
Un certain éclectisme, la construction de symboles qui ne renvoient pas à des significations figées. Le maquillage sur mon visage reprend les tatouages traditionnels des femmes berbères. Une amie a fabriqué pour moi des boucles d’oreilles à partir de dessins que j’avais faits, inspirés du tifinagh, l’alphabet berbère. La couronne de fleur évoque la douceur et le côté princier. Je glane ici et là des objets, comme le bracelet que je porte, trouvé derrière mon canapé, le costume ethnique déniché dans une fripe, ou la bague ronde gravée de signes berbères découverte par hasard dans une brocante une semaine après en avoir rêvé... Mais je mélange cela avec des attributs du monde moderne. Il s’agit d’une performance en construction, qui va s’enrichir au cours du travail en résidence et de la collaboration avec les danseuses.

360 in Progress, performance suivie d’une dégustation préparée par le chef Valentin Villanove  21 mai à 17 h 30  Sur réservation (20 €)  Hôtel d’Astier, Forcalquier  www.hotel-dastier.org

ALLONS VOIR

RETOUR EN SALLE ! LE PROGRAMME DU CINÉMA LE BOURGUET

Drunk, Thomas Vinterberg.
© Henrik Ohsten
À partir du 20 mai et jusqu’au 9 juin, le cinéma de Forcalquier donne à voir les films initialement programmés en novembre, pendant trois semaines, parmi lesquels Drunk de Thomas Vinterberg, Josep de Aurel et Michel-Ange de Andreï Konchalovsky.

Le programme complet du Bourguet est à découvrir ici.
Bon retour au cinéma !

QUI ÉCRIT ?
Cette lettre est préparée par Raphaële Javary, journaliste explorant la création entre Lure et Luberon.

REMERCIEMENTS
Pauline Hessel, Fabien David

 
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