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Lorsque tout marche bien, il est temps d’entreprendre autre chose. Fernand Deligny
lettre aléatoire
16 octobre 2020


#1 Métamorphoses
ÉDITO

En période de repli, l’art est vital pour continuer à élargir le champ de nos possibilités esthétiques, sensibles, sentimentales, politiques. Ne pas s'enfermer. Rester aux aguets. Se tenir disponible. Prêts à se laisser toucher, troubler, transformer. Parce qu'on n'est jamais à l'abri d'une rencontre.
 
COUP DE FOUDRE

Danseuse derviche


Une danse inspirée de la danse sacrée des derviches tourneurs, mais réinventée par un corps féminin. C'est le principe épuré de la performance réalisée par Daniell Alnuma au Théâtre de Verdure de Saint-Martin-Les-Eaux. La danseuse en solo tourne vêtue d’une longue robe en tulle, lestée par des poids cousus dans l’ourlet de la jupe. Cheveux attachés en nattes serrées, ses gestes précis et saccadés comme ceux d’une poupée mécanique deviennent au fil du temps de plus en plus souples et sauvages. Elle se retrouve finalement nue, crinière en bataille, tourbillonnant rageusement. Avec une belle sobriété visuelle et une maîtrise parfaite de ses gestes, Daniell Alnuma nous fait partager sa transe jusqu’à l’envol. Le récit d’une véritable métamorphose, de la danse classique à la danse contemporaine, de la femme entravée à la femme libre de ses mouvements. 

En coulisses : Notons l’engagement du conseil municipal de Saint-Martin-Les-Eaux, qui a financé la résidence et le décor, dépenses que les recettes de la représentation ont ensuite permis de rembourser. Un parti-pris politique et une audace artistique qui ont mené à la création d’une soirée pleine de grâce, sans grever le budget municipal.

Tohu Flying the Earth project Restitution à Saint-Martin-Les-Eaux d'une recherche en résidence au Labo Novo (Reillanne) le 13 septembre 2020.
Prochaines résidences et représentations :
site de Daniell Alnuma.
photo : Danny Tavori
BRÈVE RENCONTRE

Émilie Boulanger : « Jai envie que ce soit la peinture qui décide. »

Émilie Boulanger est une artiste de 32 ans. Elle vit et travaille à Forcalquier. Elle présente ici une de ses encres, intitulée Algues marines.
 
Comment avez-vous choisi vos matériaux ? Je travaillais dans une papeterie de luxe. Un jour, en nettoyant un stylo-plume avec un chiffon en coton, j'ai vu que des couleurs apparaissaient. Au contact de l'eau, l'encre noire se divise en couleurs. J'ai voulu essayer sur du papier qui se rapproche du tissu et j'ai choisi le papier vélin pur coton, un papier lisse mais avec un grain suffisant pour accrocher l'encre et l'eau.

Quels sont vos gestes et procédés de création ? Je compose en mouillant certaines zones du papier, en apposant l'encre et en trempant le papier dans l'eau. Il y a une danse qui s'installe quand j'explore certains paysages. Je tente de préserver une part d'aléatoire pour que cela soit spontané et enlevé, qu'on sente qu'il y a un mouvement. J'ai envie que ce soit la peinture qui décide et me fasse faire des choses.

Que vous fait cette œuvre en particulier ? J'y perçois ma fascination pour les profondeurs marines. J'ai un mélange d'attraction et de répulsion pour l'eau et c'est un thème qui revient beaucoup dans mes encres. Il y a aussi dans celle-ci un mouvement très doux, un côté « flouté », une attraction vers la surface. On imagine le silence des abysses où parviennent parfois les sons atténués par l'eau.
Algues marines, 21 x 29,7 cm. Photo : Basil Galloway
BILLET CINÉ

Géométrie du désir

Les choses qu’on dit, les choses quon fait, Emmanuel Mouret

Maxime tourne en rond dans sa vie. Il raconte à Daphné, la compagne de son cousin François, le triangle amoureux dont il vient de s'échapper. Entre son meilleur ami Gaspard, sa copine indécise Sandra, et lui, c’était la quadrature du cercle. Il a fini par sortir de l’équation. Pourquoi tombe-t-il toujours amoureux de celles qui sont déjà prises ?


Les déboires de Maxime illustrent parfaitement la théorie du désir mimétique de l'anthropologue René Girard. Je désire ce qui m'est indiqué comme désirable par un tiers, soit parce qu'il le possède, soit parce qu'il le désire. Le désir n’est donc pas une ligne droite d'un sujet à un objet, mais passe par un troisième terme médiateur. En somme, le désir est toujours imitation du désir d'un autre auquel on souhaite inconsciemment ressembler. Si ce phénomène est assez facilement observable entre les enfants dans les bacs à sable qui se disputent le même jouet, il est ensuite refoulé à l'âge adulte où chacun est persuadé d'être à l'origine de son désir.

Là où le film d’Emmanuel Mouret s'éloigne des idées de René Girard, c'est que jamais la convergence des désirs ne mène à une rivalité égoïste et violente. Au contraire, ses personnages tentent avec une grande délicatesse d'éviter à chacun la souffrance. Ils développent des trésors d’imagination, de réflexion, de manigances pour s’assurer que personne ne soit blessé. Leurs discours hésitants sont animés par le souci de prendre en compte leur propre désir tout en évitant de faire du mal à l'autre. 

Emmanuel Mouret filme avec empathie les incertitudes de ces femmes et ces hommes qui font l’effort de formuler leurs propres principes de vie, et esquissent des tentatives, certes maladroites mais jamais malhonnêtes, de vivre leur amour par-delà les normes conventionnelles de la fidélité.

Quand son trouble devient trop grand, Daphné, enceinte de François, déclare à Maxime : « On peut montrer son désir sans vouloir le vivre. C'est pas grave, je suis tout de même très heureuse de t'avoir croisé. » On ne peut douter de sa sincérité. Quelques minutes après, elle l'embrasse et ils passent la nuit ensemble. Les personnages d’Emmanuel Mouret dévoilent nos contradictions d’êtres désirants sans jamais les condamner. C'est dans l'interstice entre les choses qu'ils disent et les choses qu'ils font que se mesure leur éblouissante fragilité.

photo : Pascal Chantier - Moby Dixk films
LINCRUSTE

Les larmes brouillaient sa vue. La lettre parlait de la fin de leur histoire, d’un autre homme. Tremblant, il la remit dans l’enveloppe et vit alors qu’elle était adressée à son voisin de palier.
Jérôme Anconina
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ALLONS VOIR

Écarquille tes mirettes  Fête du cinéma d'animation
Forcalquier et villages alentours  10 au 28 octobre
Temps fort le 24 octobre au Kfé Quoi à Forcalquier
Renseignements et réservation : petitchaudrongrandesoreilles@gmail.com

Les Cueilleuses  Exposition au Musée de Salagon
Mane 
Jusqu'au 15 décembre
Photographies et anthotypes (œuvres photographiques révélées avec des jus de plantes)
 
Qui écrit ?
Cette lettre est préparée par Raphaële Javary, journaliste explorant la création entre Lure et Luberon.

Remerciements
Audrey Cerdan, Louise Girard, Nicolas Marquet, Virginie Bellot, Ilya Green


 
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