Dans ce nouveau numéro, découvrez des récits d'activistes en l'honneur de la Journée internationale des personnes handicapées!
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Image d'un porte-voix rouge

Collectif pour la Journée internationale des personnes handicapées!

Bonne Journée internationale des personnes handicapées! Dans cette édition spéciale du bulletin du RAPLIQ, nous donnons la parole à des personnes handicapées. Vous pourrez lire des témoignages et des textes d'opinion. Le RAPLIQ croit fermement qu'il faut faire place aux personnes handicapées dans les débats publics, pour défaire les tabous et pour que les décisions de notre société reflètent réellement tous ses membres. 

Après la diffusion à Radio-Canada, le 11 octobre 2013, d'une entrevue sur l'assistance sexuelle pour les personnes handicapées sans même que ces dernières soient interviewées, nous constatons que nous avons encore du chemin à faire pour que la voix des personnes handicapées se fasse entendre dans nos médias. À ce sujet, vous pouvez consulter une lettre ouverte publiée par deux membres du RAPLIQ et appuyée par un nombre impressionnant de personnes. N'avons-nous pas dépassé l'époque où les non-handicapés prenaient la parole à notre place? Il semblerait que non...

Nous espérons que les textes qui suivent sauront convaincre la société que les personnes handicapées ont une opinion et veulent prendre la parole. Et nous mettons au défi chaque personne handicapée qui a quelque chose à dire, d'investir la place publique, car elle nous appartient à nous aussi!
 
Bonne lecture!

Dans ce numéro :

Transport adapté : un 94 % qui ne veut rien dire


Le service de transport adapté de la STM a envoyé un bulletin à ses usagers cette semaine et les a du coup informé que le taux de satisfaction générale se situe à 94 %. En tant qu'usagers, nos expériences sont loin de refléter ce 94 %.
 
Le sondage réalisé par la STM ne permet pas de statuer sur le taux de satisfaction de la clientèle. En effet, plusieurs variables demeurent inconnues : la taille et le choix de l'échantillon, la marge d'erreur, le type de question, ainsi qu'une interprétation complète des résultats.

Voici un exemple fictif de question dont l'interprétation peut fausser les résultats :

Êtes-vous satisfait(e) du service de transport adapté?
Très satisfait(e) : 29 %
Assez satisfait(e) : 25 %
Peu satisfait(e) : 40 %
Pas satisfait(e) : 6 %

Interprétation de la conclusion :
94 % de nos usagers sont satisfaits.


Nous déplorons ce manque de rigueur de la part de la STM. Tous les jours, des personnes handicapées ne peuvent participer pleinement à la vie montréalaise en raison d'un système de transport adapté déficient. L'heure n'est pas aux statistiques douteuses pour satisfaire l'image que se donne la STM, mais plutôt à des actions concrètes.

Le comité éditorial.

Bonne fête... en retard

Par Laurence Parent

À la Loi assurant (!!!) l'exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale 

Salut,
 
Tu as eu 35 ans, le 23 juin dernier. Je ne t'ai même pas dit bonne fête et personne ne t'a organisé de party. Pour être franche, je ne savais même pas c'était quand ton anniversaire. Google me l'a dit. Quand j'ai vu que tu avais eu 35 ans, je me suis sentie mal qu'on n'ait pas souligné ton anniversaire... J'imagine qu'il est temps que je te parle pour te dire pourquoi je n'ai jamais eu de pensées pour toi quand je célèbre la St-Jean...
 
Tout d'abord, on doit reconnaître que personne ne nous a jamais présentés. Pourtant on devrait se connaître toi et moi. Je me déplace en fauteuil roulant et toi tu es sensé exister pour assurer mes droits. Mais personne ne m'a parlé de toi. Même pas à l'école. En fait, il n'y a pas grand monde qui te connaît. Finalement, c'est peu par hasard que je t'ai connue pendant une table de concertation.
 
Sincèrement, je t'ai trouvé drabe dès le premier jour! En dehors des meetings et des tables de concertation, je ne t'ai jamais vraiment vu en pleine action. C'est comme si t'existais pas. Je sais que mon cheminement académique a, entre autres, été facilité grâce à toi. Mais tu dois comprendre qu'à tous les jours, je me butais à un système de transport en commun qui ne fonctionnait pas. À des milliers de lieux ouverts au public qui m'étaient interdits en raison d'une stupide marche. Et puis, j'ai découvert d'autres obstacles dont je ne connaissais même pas l'existence! Je me suis fait des amis qui n'avaient pas accès aux films dans les cinémas et aux multiples contenus vidéos disponibles sur Internet faute de sous-titres.
 
Ça m'a fâchée. Je me suis dit que tu ne faisais pas bien ta job. Puis l'incompétence, ça m'énerve.
 
Mais au lieu de te tourner complètement le dos, je me suis intéressée à toi. Je me suis dit que tu avais peut-être eu une enfance difficile. Si tu es comme tu es, bien, c'est peut-être de la faute de tes parents. Je t'ai cherché des excuses.
 
Ton histoire de famille ne semble intéresser personne. Et pourtant, j'ai découvert bien des choses intéressantes sur ton passé. Des choses que tu aimerais peut-être mieux garder pour toi.
 
À ta naissance, tu as été rejetée. De nombreuses personnes handicapées s'étaient même mobilisées dans la rue avant ta naissance pour s'opposer à ta conception. Ça te part mal une vie... Ces personnes disaient que tu nuirais à l'avancement de leurs droits. Elles disaient que tu n'avais pas assez de mordant. Finalement, tu es née pareil parce que tes géniteurs, eux, souhaitaient ta venue. C’était le 23 juin 1978.
 
Même si bien des personnes handicapées ne voulaient pas de toi, tu as réussi à faire taire les critiques, peu à peu. T'étais toute jeune. J'imagine que tout était alors possible. De nombreuses personnes ont cru en toi.
 
Mais tu as fait des promesses que tu n'as pas tenues.
 
Et tu as mal vieilli. Tu ne parles que de plans d'action. T'es frileuse quant aux obligations. On t'a rajeunit un peu en 2004. Mais je dois être franche et te dire que ta cure de rajeunissement n'était que de la poudre aux yeux.   
 
Quand on a de la visite de l'étranger, tu fais ta fraîche pour donner l'impression que l'on file le parfait bonheur. Lorsque le Canada a ratifié la Convention de l'ONU relative aux droits des personnes handicapées, le gouvernement québécois a convenu que tu étais assez solide pour défendre nos droits.
 
Connais-tu ta cousine éloignée, l'Americans with Disabilities Act? Ou toi aussi tu préfères faire comme si elle n'existait pas? Si j'étais toi, je serais jalouse d'elle. Parce qu'à tous les 26 juillet depuis 1990, les États-Uniens handicapés et leurs alliéEs lui organisent tout un party. Évidemment, cette loi n'est pas parfaite. Ne t'inquiète pas. Je n'ai pas succombé à l'American Dream et le Québec bashing m'écoeure. Je sais que des enfants états-uniens n'ont pas accès à l'éducation inclusive dont ils ont besoin. Des personnes sont forcées de vivre dans des nursing homes. Et tout le tralala. Toutefois, la question de l'accessibilité architecturale, elle, a connu des avancées qui doivent faire pâlir tous ceux qui te louangent. Aux États-Unis, l'accessibilité est devenue loi. Elle est partout. It's the law. Les restos, les parkings, les cliniques, les églises. God Bless America. À chaque fois que j'y vais, je me sens plus libre.
 
Je dois t'avouer que je suis pas mal tannée de celles et ceux qui ne s'intéressent pas à ta cousine et qui ne jurent que par toi. De celles et ceux qui préfèrent jouer à l'autruche pendant que mes droits sont brimés et qu'ils stagnent. Pognés dans la slush.
 
Maintenant que je t'ai tout dit ça, j'aimerais te dire qu'on peut maintenant tourner la page et que l'an prochain, mes amis et moi soulignerons ton anniversaire, mais je te mentirais. Je pense plutôt que le temps est venu pour toi de laisser ta place. 35 ans de règne, c'est pas si mal.
 
Le temps est venu d'ouvrir la voie à une loi qui sera réellement souhaitée par les personnes handicapées. Une loi qui fera en sorte qu'on aura envie de célébrer une fois par année nos combats passés et ceux à venir. Et si t'as envie, tu viendras aux partys. Tu nous raconteras plein d'histoires d'un passé qu'on aura du mal à imaginer. C't'une fois une fille qui ne pouvait pas prendre le métro....

Laurence Parent est diplômée en science politique (BA, UQAM) et Critical Disability Studies (MA, York). Elle est étudiante au doctorat en Humanities à l'Université Concordia. Elle est également la vice-présidente du RAPLIQ depuis sa fondation en 2009. Laurence s'intéresse plus particulièrement à l'histoire des personnes handicapées au Québec.

Le vote chez les personnes handicapées ou la révolution des exclus

Par Linda Gauthier

Le 1er novembre 2009, j’ai perdu mon droit de vote parce que mon bureau de vote était inaccessible aux personnes se déplaçant en fauteuil roulant. Pourtant, celui-ci faisait partie du score de 82 % des bureaux de vote dits accessibles le jour du scrutin du point de vue de la Ville de Montréal.

Vous comprendrez donc pourquoi je tenais tant à ce que ceux de cette année soient évalués par des gens ne se contentant pas de n’importe quoi. Par des personnes qui croient vraiment que le droit de vote est un droit fondamental reconnu par la Charte des droits et libertés. Par des personnes souhaitant le même traitement leur permettant d’exercer leur droit de vote en passant idéalement par la même porte que tous.

Comme nous avons eu raison d’aller évaluer des bureaux de vote, le jour du scrutin! Cette année, la Ville de Montréal avait décrété un pourcentage de 99,4 % pour l’accessibilité des bureaux de vote, le jour du scrutin. 

Cependant, si Élections Montréal a voulu rendre accessibles, même de façon temporaire, 528 des 530 bureaux de vote montréalais, non seulement tous les critères favorables au concept d’accessibilité universelle n’étaient pas réunis, mais les plus importants avaient été ignorés.

Après en avoir visité près de quarante, nous avons pu constater que cette soi-disant accessibilité comportait de sérieuses lacunes telles que :

  • Rampes d’accès beaucoup plus abruptes que ce que la Ville avait annoncé;
  • Rampes d’accès beaucoup trop étroites;
  • Certaines rampes démunies de mains courantes;
  • Seuils amovibles trop courts et trop étroits;
  • Portes beaucoup trop étroites même pour un fauteuil ne mesurant que 25’’;
  • Indications/signalisation pour entrée accessible inexistante ou très déficiente;
  • Absence de personnel électoral aux entrées « accessibles Â»;
  • Entrées « accessibles Â» souvent très loin de la rue;
  • Absence de gabarits pour bulletins de vote destinés aux personnes ayant des limitations visuelles;
  • Formation inadéquate du personnel électoral en ce qui a trait aux personnes en situation de handicap.
C’est donc dire que la Ville de Montréal et définitivement d’autres municipalités du Québec ne prennent encore pas au sérieux les exigences tout à fait raisonnables et justes des personnes handicapées.

C’est donc dire que la Ville de Montréal et les autres municipalités du Québec devront revoir les évaluations qu’elles ont faites cette année.

En ce sens, le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire (MAMROT), mis en cause dans une plainte que j’ai déposée qui a conduit à une résolution recommandant au MAMROT d’amender l’article 188 de la Loi électorale sur les municipalités et référendums, devra également se conformer, car la Loi discrimine les personnes en situation de handicap.

Plus jamais l’accès aux bureaux de vote ne sera le même.

Il n’est plus question d’être obligé de voter par anticipation. Nous ne voulons plus être considérés comme des citoyens de deuxième classe.

La révolution des exclu(e)s est bien amorcée!

Cofondatrice et présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), organisme voué à la défense des droits des personnes en situation de handicap, Linda Gauthier est très impliquée au sein de sa communauté. Bénévole à temps plein, elle fut l’une des dix personnes lauréates sélectionnées pour le prix « Gens de cÅ“ur » de la Financière-Manuvie.

Comment faire pour sensibiliser les élus lors des prochaines élections?

Par François Cherrier

Je crois que nous devrions leur montrer, avec des preuves à l'appui (rapports des visites, photos, témoignages écrits), toutes les problématiques qu'il y a eu dans les bureaux de scrutins lors de la dernière élection municipale en les rencontrant à tour de rôle pour avoir leur point de vue sur cette situation. Leur demander comment ils vont revoir les locaux à cet effet et s’assurer du suivi, et dans quelle proportion les promesses et les correctifs deviennent réalité. Puis, par nous-mêmes, en vérifiant les changements qui seront faits au fil du temps.

Droit de vote suspendu pour manque de mobilité

Par Martin Juneau

Pour la première fois depuis que j'ai 18 ans, je me suis senti comme si je n'étais même pas citoyen. Voyez-vous, même aujourd'hui en 2013 ce sentiment est encore possible pour les personnes qui ont une limitation fonctionnelle. Lors des dernières élections municipales, je me suis fait voler mon droit de vote.
 
Il me semblait que récemment le bureau du directeur des élections de la ville de Montréal avait déclaré faire tout ce qui était nécessaire pour rendre les bureaux de vote accessibles à tous et à toutes. Lors de la période d'inscription, je m'étais moi-même informé de la procédure pour pouvoir voter à partir de la maison et par le fait même éliminer le risque de ne pas pouvoir aller voter à cause d’un obstacle infranchissable, mais le bureau du directeur des élections m'a assuré et a même insisté sur le fait que si je pouvais me déplacer pour me rendre au bureau de vote, je pourrais y entrer sans problème cette année. Je leur ai donc fait confiance.
 
Arrive la journée du scrutin. Partout à Montréal, ainsi qu'au Québec, les citoyens qui le veulent ont pu se prévaloir d'un droit fondamental et l’exprimer par la voix d'un X identifiant le candidat qui selon eux les représenterait le mieux dans leur arrondissement et dans leur ville. L'air était frais ce matin-là et moi j'ai demandé l'aide nécessaire pour manier ma feuille de rappel qui contenait mes informations personnelles, ainsi que l’adresse de mon bureau de vote. Je sors, je suis enthousiaste, mais arrivé devant le bureau de vote qui était dans une école secondaire, je ne vois aucun panneau qui indique où est l'entrée accessible.
 
Une concitoyenne généreuse est allée chercher un responsable qui m'a accompagné jusqu'à l'arrière de l'école et m'a remis entre les mains d'une autre personne qui m’aiderait à faire le reste du chemin, mais une fois rendue à l'ascenseur qui m'amènerait à la salle où se tient le vote, je ne peux pas entrer : l'ascenseur est vraiment trop petit. En évaluant l'ascenseur, il était clair que deux adultes de taille normale debout auraient été serrés dans cet ascenseur! J'ai donc dû retourner chez moi penaud sans avoir pu exercer un de mes droits fondamentaux dans cette société dite moderne et inclusive.

Martin Juneau est un militant pour la cause. Il est impliqué Ã  plusieurs niveaux dans la lutte pour l'inclusion.

Marché du travail : accès refusé

Par Émilie Desgagnés

Je m’appelle Émilie Desgagnés, j’ai 24 ans et je suis atteinte de la paralysie cérébrale. Au mois de mai 2013, j’ai eu mon diplôme en éducation spécialisée. Mes études ont été difficiles à faire, j’ai effectué ma technique sur cinq ans. Au cours de ces années, j’ai dû me battre contre les préjugés de ma profession, mais aussi ceux des individus. Mes deux stages ont été très difficiles à trouver, même que la coordonnatrice des stages m’a rencontrée, car elle ne trouvait rien pour moi. Donc, j’ai dû utiliser mes contacts afin de me trouver un endroit de stage. Tout cela s’est terminé très bien, car j’ai obtenu mon diplôme au mois de mai.  

Depuis sept mois, je vis une sorte d’enfer. Je suis toujours à la recherche d’un emploi dans ma profession. J’ai postulé à au moins soixante-dix offres depuis et malheureusement je n’ai eu que cinq retours d’appels. Sur ce nombre d’appels là, quatre d’entre eux n’ont pas voulu me rencontrer quand ils ont su la nature de mon handicap. J’ai eu donc une entrevue pour un poste, mais ceux-ci n’ont pas voulu m’accommoder lors de mon test écrit. Alors, la semaine suivante, ils m’ont téléphoné afin de me dire qu’ils ne retenaient pas ma candidature. 

Au cours de ma recherche d’emploi, il y a des employeurs qui m’ont clairement dit qu’ils ne m’acceptaient pas à cause de mon handicap. Pourtant, je suis dans un domaine où règne l’empathie, la compréhension, mais je me rends compte qu’être une personne handicapée est une charge à leur égard et qu’ils ne veulent pas prendre la peine de rencontrer la personne.

J’ai fait une plainte à la ministre de l’Emploi, Mme Agnès Maltais. Elle a pris ma plainte en compte et elle m’a fait rencontrer une dame à Emploi Québec. Bref, je suis suivie à Moelle épinière et motricité Québec, à Vie autonome Montréal, à Emploi Québec et au Carrefour jeunesse emploi. À quatre organismes, on ne me trouve rien. 

Depuis le mois de mai, je n’ai absolument aucun revenu. Je suis non admissible à l’aide sociale, alors mon conjoint me fait vivre. Jamais je ne pensais qu’à 24 ans, je me trouverais dans cet état là. Je suis une personne qui se bat chaque jour pour faire valoir ses droits et se faire entendre. Depuis le mois d’août, j’ai commencé à faire énormément d’anxiété. Quand, je regarde mon compte de banque qui descend toujours, je me mets en mode panique.

Bien des gens me disent de ne pas désespérer et qu’un jour, je vais trouver. Ces personnes ont peut-être bien raison, mais quand je regarde la population, les préjugés, je n’y crois plus. J’essaie de rester positive et de me battre afin de gagner mes batailles, mais quelques fois j’ai le goût de tout abandonner. Une chance que mon conjoint est présent et qu’il essaie que je garde une bonne estime de moi-même.

Émilie Desgagnés a terminé avec succès une technique en éducation spécialisée. Elle est actuellement en recherche d'emploi.

L'assistance sexuelle une solution miracle?

Par Marilyne Turcot

Dans Le Nouvel Observateur, on relate que l’Association des paralysés de France revendique un « droit à la compensation pleine et entière de toutes les conséquences liées au handicap, et dans ce cadre s’inscrit le droit à une sexualité épanouie. Â» L’assistance sexuelle est un débat qui sème de nombreuses controverses. Certains voient le concept comme étant un droit et d’autres comme de la prostitution.

Chaque être humain devrait pouvoir vivre une sexualité saine, peu importe sa condition, mais le problème relève-t-il vraiment du handicap? Dans une société où l’image corporelle est importante, n’est-il pas difficile pour quiconque, ne cadrant pas dans ces standards, d’avoir accès à une sexualité épanouie? Avant de me prononcer sur un tel sujet, j’ai voulu comprendre les enjeux des deux partis et voici ce que je pense après m’être documentée.  En tant que jeune adulte relativement lourdement handicapée, je crois que si l’assistance sexuelle est bonne pour les personnes handicapées, elle devrait l’être tout autant pour ceux qui éprouvent des difficultés dans cette sphère de leur vie.

Anne-Cécile Mailfert, membre de Osez le féminisme, évoque le fait que de donner un droit à l’assistance sexuelle sous-entend que la personne handicapée n’aura jamais accès à la sexualité ou encore à une vie amoureuse sans aide. C’est comme me dire que jamais personne ne me désirera sexuellement sans compensation. Selon moi, la problématique va beaucoup plus loin qu’une simple question d’assistance ou non. Le sexologue André Dupras dit qu’il s’agit d’une solution simpliste et surtout, que nous pouvons faire mieux. On parle ici de profonds tabous qui sont ancrés dans notre société. Laetitia Rebord, une femme de 31 ans vivant avec un handicap témoigne : « une personne handicapée est perçue comme un enfant. Alors inévitablement, enfant et sexe ne vont pas ensemble. Â» C’est principalement cette perception qui doit changer comme celle de la pitié, du héros par défaut et de l’image non sexuée qui nous colle. Pour cela, les personnes handicapées doivent eux aussi faire leur bout de chemin. Oui, la société à ses tords quand on pense à la représentation médiatique, par exemple, mais nous, personnes handicapées, faisons aussi partie de cette société et devons être le changement que nous voulons voir.

Je suis d’accord pour dire que le handicap peut, en lui-même, être un obstacle de plus, mais un des manques que j’ai observés le plus fréquemment est avant tout un manque d’aptitudes sociales. Si l’on pense aux personnes, qui depuis la naissance sont handicapées, elles sont parfois (souvent) hyper-médicalisées. On observe alors souvent un niveau d’écart dans leurs interactions sociales.

Ma question est la suivante : si l’on ne possède pas de bonnes aptitudes sociales, comment pouvons-nous espérer une vie sexuelle épanouie? La rampe est beaucoup trop abrupte. On doit éduquer et donner des outils à ces personnes pour qu’ils puissent se bâtir une meilleure estime de soi. Tout le monde le dit, la confiance, c’est sexy. Cependant, cette éducation et ces outils devraient être autant pour la personne en situation de handicap que tous ceux qui l’entourent : parents, intervenants… En addition, on doit travailler à changer l’image médicale et conservatrice que la société a d’une personne à mobilité réduite. Les pendules doivent être remises à l’heure.

Jeune Montréalaise étudiante en Communication au collégial, Marilyne Turcot est passionnée d'art et de cinéma sans oublier présidente de l'organisme à but non lucratif Libre et Sauvage BeWildBeFree qui oeuvre dans le domaine culturel et qui milite, à sa façon, pour l'inclusion sociale.

J’aime pas l’hiver (conversation de madame)

Par Maxime D.-Pomerleau
 
J’aime pas l’hiver. Mais l’hiver ne m’aime pas non plus. C’est équitable, dans un sens, comme relation.
 
27 novembre : mon règne sur les trottoirs de Montréal s’achève avec la première neige mouilleuse qui reste collée au sol. Mon hibernation est officiellement commencée. Cette année l’hiver arrive tôt; les années passées j’avais des partys de Noël le 15 décembre et je pouvais encore rouler dehors pour revenir chez moi, le soir, même s’il faisait froid. Cette année, l’hiver a décidé qu’il se faisait assez manger la laine sur le dos par les changements climatiques et il nous rappelle gentiment qu’il devrait déjà être là, en même temps que les lumières de Noël. Mais j’aime pas l’hiver.
 
Quand marcher dans la neige devient un exploit digne des Olympiques, imaginez pour ceux qui roulent. « Oui, mais madame, heureusement il y a le (fameux) Montréal souterrain! Â» Super. Encore faut-il s’y rendre... Oui, madame, mais c’est l’hiver et je ne peux même pas franchir les 500 mètres que Google Map prétend qu’il y a entre moi et ma station de métro, mon entrée dans le Montréal souterrain. Même avec les trottoirs déneigés, mes petites roues se prennent vite dans les bancs de neige aux coins des rues. 500 mètres, c’est pas beaucoup il me semble, non? Mais l’hiver, les mètres rallongent et deviennent des miles et des miles qui usent la patience et les gants jusqu’à la peau. Mon épicerie est à 600 mètres, imaginez! « Oui, mais, madame, faites-vous livrer l’épicerie! Â» Oui, c’est vrai, madame, mais quand on commande l’épicerie par Internet ou qu’on la fait même seulement livrer, c’est 10$ de plus sur une facture de minimum 35$-45$. Ça paraît quand c’est l’hiver et qu’on a le budget pour recevoir un panier de Noël.
 
« Oui, mais madame, vous devez être contente, vous avez du transport adapté! J’aimerais ça, moi, qu’on vienne me chercher chez moi et qu’on m’amène directement au magasin! Â» Ah oui, c’est bien vrai, madame, y a le transport adapté. Mais l’hiver, le transport est aussi bien organisé que le système de déneigement à Montréal, c’est-à-dire foutrement mal. Et puis, des fois, MétéoMédia dit qu’il va tellement neiger que le Transport ne vient pas; il prend congé lui aussi et il te laisse là, chez vous, sans t’avertir. Alors tu appelles tes amis et tu leur dis que tu hibernes et que s’ils veulent te voir, il faut venir prendre le thé chez vous. Je déteste l’hiver.
 
C’est comme ça pendant une couple de mois, et là, un jour, ben l’hiver finit. Il se fait tout petit au sol et décide de laisser les gens renaître de leurs cendres d’hiver. Sauf que, madame, quand on est handicapé, l’hiver dure pas seulement l’hiver, il dure toute l’année.
 
Je peux franchir les 500 mètres pour aller au métro, mais il n’est pas accessible, le métro. « Oui, mais madame, il y a des ascenseurs au métro de Laval! Â» Les escaliers au métro Frontenac me rappellent que je ne peux pas aller faire de u-turn à Laval voir les beaux ascenseurs. Et les bus au plancher bas, ah! parlons-en. Elles ne restent plus gelées les petites rampes d’accès, comme l’hiver, mais certains débarcadères restent dangereux toute l’année, et même que, des fois, il n’y a pas de passages accessibles durant les heures de pointe en semaine. C’t’un peu fourrant quand on travaille sur le même horaire de jour que le commun des mortels…
 
« Oui, mais madame, il y a encore le transport adapté! Â» Ah oui, le transport adapté, on voudrait l’oublier qu’on en serait incapable. Lui, il ne change pas beaucoup au gré des saisons. Même s’il n’y a plus de neige pour le mettre en congé forcé, il va quand même venir me chercher en retard à des heures pas possibles, faire la run de lait dans toute la ville et réussir à me déposer en retard à un meeting avec un nouveau client. Tout pour entretenir une vie active, j’vous jure.
 
« Oui, mais madame, vous devez être contente là, il n’y a plus de neige, vous pouvez sortir! Â» Ah oui! Ça, madame, vous avez bien raison! Je peux rouler et crier Libertéééééé dans les rues de Montréal. Mais la marche de béton devant le commerce, le restaurant, le dépanneur, elle ne fond pas avec la neige. Alors c’est comme l’hiver, je ne peux toujours pas entrer dans le bar, la salle de spectacle, la jolie boutique.
 
Je hais l’hiver. Et c’est long, haïr une saison qui dure 3 mois pour tout le monde, mais toute l’année pour toi. Mais, madame, ne vous en faites pas pour nous, on s’habitue vite à perdre notre autonomie. Moi, pour survivre à l’hiver, je me rabats sur mon comfort food, je prends un abonnement à TYLENOL Rhume Extra Fort et j’écoute Montréal -40°C en boucle. Et quand je vais être riche, je vais m’acheter un condo à Fort Lauderdale et passer l’hiver en Floride.

Journaliste de jour, superhéroïne la nuit, Maxime D.-Pomerleau enchaîne les projets depuis la fin de son baccalauréat en Animation et recherche culturelle à l'UQÀM en 2009. Animatrice culturelle, productrice, conférencière, elle écrit sur la scène musicale indépendante du Québec et planche sur un projet de websérie. Elle aime les têtes de mort, est hyperactive sur les réseaux sociaux et change de couleur de cheveux chaque saison.

Vous avez dit « chambre adaptée pour personne à mobilité réduite Â»?

Par Linda Gauthier
 
Fin septembre, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) m'a contactée pour me convier à leur Congrès annuel afin de faire partie d’un panel qui serait animé par le journaliste Patrick Lagacé. J’ai accepté.
 
L’évènement prenait place le week-end du 22 au 24 novembre 2013, au Château Frontenac de Québec. La Fédération m’a recommandé de faire moi-même mes demandes spéciales, ce que je fis par courriel appuyé de photos des équipements pour la salle de bain. Ces demandes d’adaptation étaient pour moi très importantes, sinon, je n’aurais pas pu me servir du tout de la salle de bain… L’Hôtel a accédé à mes demandes avec empressement.
 
Vendredi 22 novembre 2013, 17 h 15, j’arrive au Château Frontenac, en compagnie d’Yves, mon mari. En entrant dans la chambre 5280, première station : salle de bain où je découvre un siège de toilette surélevé avec des petites barres d’appui intégrées minuscules. Je l’essaie. Ce n’est pas très confortable, mais ça a l’air assez stable.
 
C’est en me relevant que ça s'est compliqué, car en m’appuyant de tout mon poids, j'ai senti soudainement ce truc se détacher du cabinet de toilette, ce qui a entraîné une perte d’équilibre, puis carrément une chute sur le sol, entre la toilette et mon fauteuil roulant. Ma tête a heurté le bord du bain, mais heureusement que le plancher était en marbre, ce qui a eu pour effet de me faire glisser, car sinon je me serais cassé le cou.
 
Mon mari est alors arrivé en catastrophe et a constaté que je ne n'étais pas blessée. Encore au sol, je lui ai suggéré de téléphoner à l’administration pour qu’ils viennent voir ce qui aurait facilement pu tourner au drame. Deux cadres administratifs en complet ont fait irruption dans cette salle de bain où le marbre prédomine, cette pièce qui, selon la Maison, se veut une chambre « adaptée Â» pour personne à mobilité réduite et dans laquelle rien n’est adapté, si ce n’est que les adaptations d’appoint qu’ils ont ajouté à ma demande.
 
Ces deux Messieurs sont arrivés avec leur tête des jours sérieux, la mine déconfite, ne sachant pas trop quoi dire. Savez-vous pourquoi ils ne savaient pas quoi dire? Parce que ça n’était probablement encore jamais arrivé. Entre le moment où mon mari a téléphoné et le moment où ils sont entrés dans la chambre, ces Messieurs étaient habités par un sentiment. Vous devinez lequel n’est-ce pas? Eh oui, la peur! Ces deux Messieurs de l’administration du très célèbre Château Frontenac de Québec de la Chaîne Fairmount ont eu peur. Ils ont craint qu’un scandale se produise dans leur beau Château. Rappelez-vous, c’est le week-end du Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Des femmes et des hommes à l’affût du moindre scandale. Celui-ci en aurait été un de taille. J’imagine les titres :
 
« Une femme handicapée se casse le cou après avoir fait une chute dans une salle de bain du Château Frontenac Â»
 
Ou encore
 
« Scandale au prestigieux Château : Décès d’une femme handicapée par manque d’adaptation. Â»
 
On nous a offert un souper gastronomique au restaurant de l’Hôtel, puis à notre retour dans la chambre, une bouteille de porto, fromage, fruits et craquelins nous attendaient… On m’a aussi demandé de faire des recommandations. J’ai recommandé une firme reconnue dans ce domaine, mais on a dit que c’était les recommandations d’une personne en situation de handicap qu’on voulait…
 
Le Château Frontenac s’apprête à faire d’importantes rénovations. Ils allaient rendre 8 des 620 chambres accessibles et adaptées aux personnes handicapées. « Huit? Â», ai-je dit. C’est 10 % que le Code de construction exige. Eh qu’on est loin du compte!
 
Imaginez quelqu’un qui réserve une chambre soi-disant adaptée, sans demander ce qui l’est, pensant que c’est comme chez soi ou presque, conforme à nos besoins, et qu’en arrivant pour passer un séjour agréable dans la Vieille Capitale, on se retrouve devant ça? Agréable séjour en effet! Très agréable, quand tu n’oses même pas aller au petit coin de peur de te retrouver par terre. Le Château Frontenac, quand même! J’aurais pourtant cru, j’aurais espéré, qu’au moins cet hôtel était conforme à ce que les guides touristiques traitant d’accessibilité en font état. Eh bien non! Sachez-le, le Château Frontenac ne compte pas encore de chambre adaptée pour les personnes handicapées.
 
Ainsi, je les ferai mes recommandations et je vais m’assurer qu’ils les suivront. En attendant la fin des rénovations, si jamais vous passez par Québec et souhaitez loger au Château, je suis prête à parier que le « Motel Carole Â» sur le bord de la 138 n’est pas moins bien aménagé…
 
Vive le Québec!

Nous remercions chaleureusement nos auteurs d'avoir partagé leurs expériences et leur savoir!
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