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  NUMÉRO  
 
16
 
 
MARS 2018
 
     
 

Pour fêter les 20 ans de création et de tournée du spectacle Le Porteur, le Théâtre de l’Œil veut rendre hommage à tous ceux et celles qui ont, par leur travail et leur engagement, permis que cela soit possible : concepteurs, artisans, marionnettistes, techniciens, régisseurs, administrateurs, responsables de la diffusion, diffuseurs… Cette infolettre leur est dédiée.

 
     
 
20e anniversaire !
 



Lettre à Pretzel

Cher mon Porteur, mon Pretzel,

Tu ne t’en souviens peut-être pas, mais la première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était déjà l’hiver. Le 25 novembre 1997 à Ottawa. Comme aujourd’hui il faisait froid. Dès que je t’ai vu, j’ai su que j’allais t’aimer pour longtemps. Toi tu m’as, en un clin d’œil, amusée, émue, séduite, bouleversée, captivée. Je pense que c’est ce qu’on appelle un coup de foudre. En tout cas, ça m’a réchauffé le cœur.

Comme une groupie, je t’ai suivi. Souvent de loin, parce que tu es un grand voyageur. Vingt ans que tu te montres sur les scènes du monde. Sur ton carnet de route, tu collectionnes les villes et les pays comme les perles du collier de Belle Lurette, la vieille dame à qui tu portes le sac, mon ver galant. Moi, j’ai épinglé la mappemonde jusqu’à ce qu’elle devienne une passoire, en rêvant du jour où tu reviendrais. À part l’Australie, y a-t-il une contrée qui n’aurait pas reçu ta visite ?

Vingt ans que les yeux des petits enfants s’allument et s’emplissent d’étoiles. Ton histoire est devenue un conte, un mythe, que dis-je, une légende ! Je feuillète ton dossier de presse, ta bouille est partout. Quelle star tu fais. Tu as même eu un article dans le New York Times.

Vingt ans que Jean Cummings et Graham Soul, tes deux meilleurs (et fidèles !) amis, chaque soir de party, te donnent souffle et vie. Que Gilles Perron, ton indéfectible directeur technique, tire sur les ficelles et te prodigue ses lumières. Vingt ans qu’André Laliberté, ton père biologique, dit de toi que tu es un petit miracle. Je suis bien d’accord avec lui. Avec ton air de ne pas y toucher, tu as changé la vie de bien des gens. Ceux qui te fréquentent, ceux qui te regardent, ceux qui t’animent, ceux qui te voyagent… et celle qui t’écris.

Quand j’aurai l’âge de Belle Lurette, je voudrais que ce soit toi qui viennes me chercher pour me porter au ciel. Avec une petite étoile accrochée en bandoulière.


À toi pour toujours,
Ta Doudou (bien entendu, il s’agit d’un pseudonyme).



La petite histoire d’une grande aventure

En 1993, André Laliberté réunit le peintre Richard Morin, le scénographe Richard Lacroix, les marionnettistes Guy Coderre et Jean Cummings, pour leur demander de réfléchir à un théâtre d’images, un spectacle sans parole autour du rêve. « On devait mériter notre nom de Théâtre de l’Œil! », s’amuse André Laliberté.

Durant plusieurs mois, les discussions, recherches et explorations vont bon train, les premières esquisses d’une histoire se précisent. On écrit et on réécrit. Un scénario, un autre. Richard Morin dessine les marionnettes (on vous livre un scoop : Pretzel, le rôle titre du Porteur, aurait eu comme modèle André Laliberté lui-même !), Richard Lacroix imagine le castelet comme un décor de cinéma, un cadre idéal pour les créatures bricolées par Jean Cummings (marionnettiste dans le spectacle depuis sa création, il n’a (presque) pas manqué une représentation !).

Enfin, une première version scénique, en 1996. C’est là qu’on vérifie la dramaturgie, qu’on résout les problèmes techniques. Un troisième scénario et la conception scénographique se mettent en place. Les répétitions préliminaires commencent pendant l’été 1997. Elles permettent de préciser les images du spectacle, ainsi qu’au compositeur Libert Subirana d’écrire la musique, qui tient un rôle essentiel dans une pièce sans parole.

Dans l’atelier du Théâtre de l’Œil, les artisans (Caroline Bourgeois, Jean Cummings, Catherine Jodoin, Olivier Perrier, Sylvain Racine, Claude Rodrigue et Graham Soul) s’activent sur les mécanismes, les costumes, les accessoires. Puis vient le temps des répétitions. « C’est une étape cruciale, c’est là que le rêve prend forme… ou non », dit André. Pendant deux mois, quatre marionnettistes[1] apprennent à évoluer avec les nombreux personnages et à manipuler les différents types de marionnettes : à fil, à gaine, à tige, Bunraku.
 
La création du Porteur a lieu le 25 novembre 1997 au Centre national des arts à Ottawa. Il aura fallu quatre ans de recherche et d’expérimentations... « On n’avait aucune idée de ce que ça allait donner », se souvient André. Le Porteur est devenu The Star Keeper au printemps 1999, pour sa grande première internationale au Kennedy Center à Washington (DC).

Vingt ans plus tard, Le Porteur / The Star Keeper a visité 15 pays sur quatre continents, a donné plus de 750 représentations, devant plus de 150 000 spectateurs. Il lui est arrivé d’être programmé deux ou trois fois dans des festivals ou des théâtres, à quelques années d’intervalle. Ainsi, il a joué deux fois au New Victory à New York, la deuxième fois en tant qu’invité à titre de spectacle marquant pour fêter les 20 ans du théâtre.

Tout au long de sa route, le spectacle s’est fait distinguer, en récoltant quelques prix : le prestigieux Chalmers Canadian Play Award, Theatre for young audiences en 2001, une Citation of excellence in the Art of Puppetry décernée par UNIMA-USA en 2005 et trois Masques remis en 1999 par l’Académie québécoise du théâtre : production jeunes publics, conception de décor et contribution spéciale pour la conception de marionnettes.



Pris sur le vif : quelques souvenirs de tournée

Vingt ans de tournée… Forcément ça laisse des traces, ça fabrique des souvenirs, ça forge une légende ! Des histoires drôles, des anecdotes, des bons (et des moins bons) coups se colportent sur Le Porteur. Comme le dit Myriame Larose, marionnettiste, ces anecdotes font désormais partie du spectacle, elles viennent avec : « On les raconte et raconte encore, même si on les a entendues mille fois. Et elles nous font toujours rire ! »

Jean Cummings et Graham Soul, marionnettistes à la création, ont accompagné Le Porteur pendant toutes ces années. Si on a lu attentivement ce qui précède, on sait que Jean Cummings faisait partie de l’équipe d’idéation du Porteur, c’est dire qu’il l’a vu naitre ! Il a fabriqué les marionnettes, avant de les animer et de faire avec elles plusieurs fois le tour de la terre.

Vingt ans, on peut dire que c’est une histoire d’amour ? Jean ne dément pas, bien au contraire : « J’aime beaucoup ce spectacle et le fait qu’il soit sans paroles. On a fait de très beaux voyages, particulièrement en Espagne et en Irlande.  Présenter Le Porteur à l’international a contribué à combler et à enrichir mon rêve d’être marionnettiste. J’espère le jouer encore longtemps. » Il se souvient d’une « catastrophe transformée en miracle », quand  Pretzel a perdu la tête pendant le spectacle et qu’il n’avait que quelques minutes pour la remettre en place, dans le noir et avec des gants ! Et il a réussi ! Parce que Jean est un magicien d’une habileté incroyable et qu’il sait tout faire. Et comme il est de plus très modeste, il vous dira que c’est un peu exagéré.



L’accident de Belle Lurette

Graham Soul a rejoint les rangs du Théâtre de l’Œil parce qu’il était attiré par « la magie et la qualité de ses productions ». Il garde un souvenir ébloui de sa rencontre avec Richard Morin et de « ses merveilleux dessins en couleur des fabuleux personnages du Porteur. C’était des tableaux, des images qui m’ont coupé le souffle. J’ai su que c’était exactement le genre de spectacle de marionnettes que j’avais toujours rêvé de faire depuis mon enfance ! ».

Il se souvient aussi de l’accident de Belle Lurette, une histoire devenue depuis un hit [moi-même je l’ai déjà entendu quelques fois, toujours avec le même plaisir] : « Lors d’une représentation à la Maison des arts de Laval, je mets la vieille dame, Belle Lurette, une marionnette à fil, sur son crochet avant de descendre du pont. Puis, j’entends un bruit inhabituel, sans y accorder d’importance. Peu après, mes collègues me chuchotent des petits messages urgents : "Il y a un problème avec Belle Lurette, va voir !",  "Vérifie la vieille, elle ne va pas bien ! ".

Effectivement, je constate que la pauvre a chuté de presque deux mètres, elle est par terre, dans un état lamentable, en tas avec les fils complètement mêlés autour d’elle. Sa hanche de bois est cassée. Pour elle, c’est l’hôpital (l’atelier), impossible qu’elle remonte sur scène à la fin du spectacle comme prévu. Mais qui peut prendre sa place ? Nous nous mettons d’accord sans délai : Pierrot va jouer à sa place, c’est la seule marionnette [à fil, comme Belle Lurette] capable de faire les mêmes mouvements. Je crois sincèrement que les spectateurs n’y ont vu que du feu, même si je n’ai jamais autant sué ! Dans la salle, Jocelyne Losier, alors responsable de la diffusion au Théâtre de l’Œil, a presque eu une crise cardiaque de stress en voyant cette nouvelle proposition ! »


Belle Lurette à gauche et Pretzel à droite.


Un spectacle culte

Stéphane Heine et Myriame Larose sont les « petits nouveaux » de l’équipe, arrivés en 2011. André Laliberté est attentif à composer des équipes avec « ceux de l’arrière garde », comme il le dit lui-même, et des jeunes artistes : « les vieux ont la sagesse, les jeunes la fraîcheur ».

« Quand André m’a offert de le faire, raconte Myriame Larose avec son petit Milo dans les bras, je lui ai dit : "tu penses que je vais être capable ?". J’étais une toute jeune marionnettiste et pour moi, Le Porteur, c’était un spectacle culte ! "T’es forte", m’a répondu André. » Et Myriam ajoute avec un brin de fierté : « Je suis la première femme à l’avoir fait. » Depuis, Anne Lalancette a rejoint l’équipe, d’abord pour remplacer Graham, et maintenant Myriame. « C’était une grosse pointure à chausser, reprend Myriam. Mais tout s’est fait dans la confiance avec André. Graham et Jean nous ont tout montré, il y a eu quelque chose de très gratifiant dans cette passation. »

Stéphane Heine a débuté sa carrière au Théâtre de l’Œil comme marionnettiste pour Sur 3 pattes, un autre spectacle sans paroles. Sur Le Porteur, il a la chance d’être le principal manipulateur de Pretzel : « Un très beau défi qui demande beaucoup de finesse et de précision. Après 7 ans, je m'amuse toujours autant à donner vie à ce curieux petit être, toujours à la recherche du détail que je pourrais peaufiner. Le Porteur est un spectacle magique. Lorsqu'on a l'occasion de rencontrer les spectateurs après une représentation, on voit leurs yeux briller, leurs sourires et on reçoit des mercis tellement sincères. C'est un spectacle très valorisant pour un marionnettiste. »
 
Stéphane Heine a gardé un souvenir amusé d’une tournée aux États-Unis : « Le diffuseur avait fait appel à un interprète en langage des signes pour faire une traduction simultanée. Eh oui, une traduction pour un spectacle sans texte ! À sept reprises durant le spectacle, une dame est venue sur le côté de la scène pour informer les malentendants que l'étoile pleurait, que Belle Lurette riait ou qu'on entendait le son des vagues. Elle n'avait visiblement pas vu le spectacle avant... Lorsque la lumière s'est allumée sur elle pour traduire la discussion en langage inventé entre Bob et la Petite pas-fine, les bras lui en sont tombés, elle s’est figée, muette. Elle n'est pas revenue à la représentation suivante. »

Et puis, il y a eu, bien sûr, toutes les épopées incertaines dues à une météo capricieuse, la tempête de neige dans les Maritimes qui a tenu l’équipe confinée pendant deux jours dans un hôtel désert et même déserté par son personnel… Ou encore l’étuve chinoise à 45°C à Beijing, qui a définitivement traumatisé Jocelyne Losier. C’est elle qui a organisé tous les beaux voyages et les grandes aventures du Porteur de par le vaste monde. « Le Porteur m’a apporté de nombreuses joies et parfois aussi des cauchemars ! Mais il ne s’est jamais perdu en mer, en train, en avion, en camion, aux douanes, etc., fait-elle remarquer. La première fois que j’ai vu Pretzel monter vers la lune, le 26 novembre 1997 au CNA (Centre National des Arts), j’ai eu une pensée pour Guy Coderre. Il était de l’équipe d’origine de ce projet mais, hélas, il ne l’a jamais vu sur scène. J’ai eu cette pensée maintes et maintes fois. Enfin, j’ai été très fière que le spectacle soit présenté dans mon patelin en Acadie quelques mois avant ma retraite. C’est pour moi une belle façon de clore mes 28 années de carrière à l’Œil… »

Et nous laisserons le mot de la fin à Myriame Larose : « Le Porteur ne vieillit pas, il est toujours d’actualité, les enfants le trouvent fantastique, quel que soit l’endroit où on le joue. On n’en fait plus, des spectacles comme ça ! »



Distribution actuelle. De gauche à droite : Anne Lalancette, Jean Cummings, Graham Soul et Stéphane Heine (ainsi que Pretzel !)


On joue où ?

Le Porteur sera à la Maison Théâtre, à Montréal, du 14 au 31 mars 2018. Bon nombre des 26 représentations sont d’ores et déjà complètes, mais il reste encore des billets :
www.maisontheatre.com

Le Porteur fera également un petit tour du côté de Valleyfield, le 1er avril 2018.

Pretzel et sa gang ont participé activement à l’inauguration de la Maison de la culture Claude Léveillée, le 25 février 2018, dans le centre Jean-Marie Gauvreau, au 911 rue Jean-Talon, là où se trouvent les bureaux, l’atelier et la salle de répétition du Théâtre de l’Œil. Ce sera certainement la représentation qui aura demandé le moins de déplacement : deux étages à descendre, avec ascenseur.

 
[1] Jean Cummings, Olivier Perrier, Sylvain Racine et Graham Soul


   


Les personnages du spectacle :

Pierrot   BelleLurette   Pretzel

Pierrot
Bougon et empoté, il installe la
nuit et allume les étoiles.

 

Belle Lurette
Une très vieille dame dont le cœur est fragile comme la porcelaine.

 

Pretzel
Un petit ver sympathique qui adore rendre service.

         
Leontine   Centaure   Somnanbule

Léontine la petite-pas-fine
Une petite fille gâtée-pourrie qui pique des crises épouvantables.

 

Hector le centaure
Toujours la tête dans les nuages.

 

Les trois somnambules
Des triplés à deux faces.

 

 

 

 

 

Poissons   Hippocampe   Dompteur

Les poissons-accordéons
Grands champions de ping-pong subaquatique.

 

La famille Hippocampus
Grands voyageurs-pollueurs.

 
Le dompteur-de-bulles
Il capture, dompte et collectionne les bulles.
 

 

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CRÉDITS

Le Porteur
Scénario : Richard Lacroix, André Laliberté, Richard Morin Mise en scène : André Laliberté Marionnettes : Richard Morin Décor et Accessoires : Richard Lacroix
Musique : Libert Subirana Éclairages : Luc Désilets

Infolettre
Texte : Michelle Chanonat  Traduction : Catherine London
Coordination : Marie-Claude Boudreault 
Gabarit : Julien Berthier Graphisme : Marie-Claude Boudreault
Crédits photos : (1) Théâtre de l'Oeil - (2) Richard Morin - (3) Léon Gniwesch
(4) Richard Lacroix - (5) Théâtre de l'Oeil - (6 à 14) Léon Gniwesch

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THÉÂTRE DE L'ŒIL
Compagnie de création et de tournée en théâtre de marionnettes
Montréal (Québec) Canada
info@theatredeloeil.qc.ca
www.theatredeloeil.qc.ca

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