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…pas qu’un fablab

Par Antoine Burret

A propos de l’auteur : Antoine Burret a développé une expertise à la fois académique et pratique sur les “Tiers-lieux”. Il a aussi cofondé la fondation “Third Place Making” qui à pour mission de renforcer les tiers-lieux et leurs communautés partout dans le monde. Il suit depuis le tout début le développement du FacLab de l’Université de Genève. Etant donné sa familiarité avec le FacLab et son domaine d’activité, nous lui avons proposé d’écrire un édito de la newsletter.

Mes questionnements sur les fablabs remontent à la fin des années 2000 lorsque je découvris, il faut le dire un peu fasciné, toute cette nouvelle idéologie de la fabrication personnel et toutes ces machines aux noms obscures : imprimante 3D ou découpeuse laser. Mais ce n’est pas tant ces machins techniques qui m’ont intrigué - je ne suis pas du tout bricoleur et n’ai pas l’envie de le devenir, mais bien la manière dont le fablab incarnait la possibilité de nouveaux modes de conception collective. En gros, mon attention s’est très vite concentré sur la manière dont des personnes d’organisations différentes, amateurs ou professionnels, se rencontrait dans un fablab, discutait et par différents truchements parvenait à construire ou à déconstruire des choses ensemble.

Rapidement, j’en vint à cette hypothèse : Fablab = un lieu de conception en tant que tiers-lieu. Je conclut plus tard que tous les Fablabs n’étaient pas des tiers-lieux.

J’ai depuis visité et rencontré de nombreux créateurs, managers, usagers de fablabs en Europe, en Afrique et aux États-Unis. Des Fablabs dans des entreprises, des universités, des écoles, des clubs de foot ou des centres communautaires. Certains entretenu par et pour des organisations privées, par des acteurs publics et des acteurs de la société civile. Allant au delà même du modèle des fablabs vers des makerspaces, des hakerspaces ou des biohaklab. Partout les premières discussions se ressemblent. Ils portent sur les capacités du parc techniques, puis sur la démonstration et la présentation de quelques “créations/projets/prototypes”. C’est assez remarquable de réaliser que les récits sont partout quasi toujours identiques. On se focalise sur la finalité, la création, la fabrication où bien les moyens où y parvenir.

Mais cette vision productiviste est extrêmement réductrice. En se concentrant sur les objets techniques, il peut se créer une forme de course à l’échalote. C’est à qui à la plus grosse Prusa, à qui à le proto le plus clinquant. Et cette perspective conduite de nombreux Fablab à ne plus joueur leur rôle de tiers-lieu. On vient au Fablab pour concevoir, imprimer, graver, fabriquer quelque chose. Le fablab devient un service vers lequel on se retourne pour obtenir un résultat précis ou bien que l’on fréquente selon une grille tarifaire stricte. Il peut perdre sa vocation apprenante, sa vocation expérientielle, voir sa vocation banale d’offrir un lieu agréable, convivial et équipé pour des communautés. Toutes personnes qui est déjà rentré par pure curiosité dans un Fablab ronronnant où des êtres affairés ne daigne même pas levé l’oeil de leur ordi pour ne serait-ce qu’accueillir, sait de quoi je parle.

C’est à cet endroit que pour moi se distingue le Faclab. C’est avant tout un tiers-lieu, en tout cas c’est le mien. Le Faclab c’est mon tiers-lieu, bien que ne sois pas du tout bricoleur et que je n’ai pas l’envie de le devenir (bis). Je l’utilise depuis toujours autant pour le plaisir, que pour mon activité professionnelle. Bien que je dispose aussi d’un bureau à l’étage, c’est au Faclab que j’organise mes rendez-vous ou bien mes séances en équipe. C’est auprès de la communauté du Faclab que je viens me plaindre ou grogner quand je suis de mauvaise humeur, que je viens chercher des réponses lorsque je dois résoudre un problème où concevoir quelque chose de tangible ou d’intangible. Le Faclab agit sur moi comme un support professionnel, mais aussi un support émotionnel et psychologique. Et cette dimension n’est pas négligeable, car dans sa mission éducatrice le Faclab - en tant qu’il est un tiers-lieu, joue aussi un rôle important pour le bien-être psychosocial des étudiants (et pas que des étudiants).

Il y a de cela quelque temps, nous discutions avec David de ce qui différencie le FacLab des autres FabLabs et notamment des fablabs universitaires. Plusieurs dimensions nous sont venues rapidement à l’esprit notamment le fait qu’il soit ouvert sur les problématiques et les autres acteurs du territoire. J’ajouterai à cela la manière dont il s’est construit et imposé dans le paysage. Le Faclab c’est construit progressivement, grâce aux contributions de ses communautés, des contributions matérielles ou en apport de compétences. Ses activités, ses services se sont aussi programmés de manière très naturelle a posteriori et au travers d’usages apparaissant chemin faisant. On retrouve cette approche basée sur la communauté jusque dans sa gouvernance. Étant donné le contexte institutionnel sur lequel repose le Faclab ça ressemble un tour de force.

Pour conclure, voilà comment la FabFoundation présente son réseau de Fablab : a manufacturing network, a distributed technical education campus, and a distributed research laboratory working to digitize fabrication, inventing the next generation manufacturing and personnal fabrication.

Le Faclab n’est donc pas qu’un fablab. Il est aussi un fablab. Dont acte.

Nous nous attacherons donc dans les prochains mois à formaliser le modèle Faclab ? Et tenter de répondre à la question : que pourrait être un réseau de Faclab ?

Activités du mois de mai 2022

Pour des raisons de logistique, l’inscription aux formations est obligatoire. Voici donc ce que nous vous avons préparé pour ce mois:

Vous (re)trouverez tous les événements à venir sur notre site faclab.ch